C'était la maison de mes grands-parents maternels, ma maison natale.
J'ai du la quitter, sans préavis, à l'âge de neuf ans, pour aller habiter en ville.
Elle est toujours restée dans mon cœur, cette tendre et rude maison de mon enfance, sans chauffage en hiver, entourée de fleurs en été. Une maison isolée de la ville, entourée de vastes prairies, que longeait un ruisseau grouillant de vie. Elle avait, pour ligne d'horizon, au bout d’une grande prairie nommée la « Côte des Bœufs », la forêt profonde et mystérieuse. Cette forêt, je l’aimais, j’y accompagnais mon grand-père, qui exerçait le métier de bûcheron.
J’avais environ vingt ans, quand je fus mise devant un fait accompli : cette maison à laquelle je tenais, où j’aurais aimé retourner habiter, était vendue. Ce fut un choc. Un des premiers traumatismes de ma vie, je crois que je ne m’en suis jamais complètement remise. C’est très certainement ce qui explique cette errance dans les Vosges à la recherche de « la maison idéale », cette exploration minutieuse de tous les chalets ouverts aux randonneurs, cette crainte de posséder… Car posséder, c’est s’exposer à être dépossédé.
Depuis de très nombreuses années, je n'ai pas revu cette maison, je n'ai pas voulu.
Jusqu'au jour où un ami photographe, Olivier Frimat, en reportage dans la région de mon enfance pour les Voies Navigables de France, m’a proposé d’aller y voir… Il m’a fait le très grand plaisir de me rapporter des images de cette maison, de me parler de son contexte actuel. Alors, aujourd’hui, j’ai sans doute moins de regrets...
Comme dans la chanson d’Adriano Celentano (vidéo ci-dessous), qui me touche tout particulièrement car je suis d’origine italienne, ma petite maison idéale, si elle est toujours isolée de la ville, est maintenant séparée de la forêt par un immense canal d’alimentation. Ce monstrueux ouvrage de béton a coupé le ruisseau qui descendait de la « Côte des Bœufs ».
Mais que deviennent les ruisseaux qu’on assassine ? Où sont donc allés les tritons, les salamandres, les libellules, les « traîne-bûche », les escargots, les vers de vase de mon enfance heureuse de « saute-ruisseau » ?
Et, à l’horizon opposé, une voie rapide surélevée, grouillante de voitures bruyantes, s'inscrit dans le ciel…

Photographies Olivier Frimat

(plus de photos ci-dessous)
Etant d'origine italienne, cette chanson me bouleverse toujours un peu...
La version d'Adriano Celentano, Il ragazzo della Via Gluck
Paroles et traduction en fin d'article.
Suite : Je vous invite à une découverte de " Maisons idéales," les refuges dans la montagne vosgienne…"
Ma maison natale, rue André Chénier à Saint-dizier (Haute-Marne)
Il Ragazzo Della Via Gluck (Le Gars De La Rue Gluck)
Questa è la storia
Ceci est l'histoire
Di uno di noi,
D'un gars comme vous et moi,
Anche lui nato per caso in via Gluck,
Lui aussi naît par hasard dans la rue Gluck,
In una casa, fuori città,
Dans une maison, loin de la ville,
Gente tranquilla, che lavorava.
Quelqu'un de tranquille, qui travaillait.
Là dove c'era l'erba ora c'è
Là où il y avait de l'herbe à présent il y a
Una città,
Une ville,
E quella casa
Et cette maison
In mezzo al verde ormai,
Alors au milieu de la verdure
Dove sarà ?
Où sera-t'elle ?
Questo ragazzo della via Gluck,
Ce gars de la rue Gluck,
Si divertiva a giocare con me,
S'amuser en jouant avec moi,
Ma un giorno disse,
Mais un jour il dit,
Vado in città,
Je vais en ville,
E lo diceva mentre piangeva,
Et il le disait alors qu'il pleurait,
Io gli domando amico,
Moi je lui demande mon ami,
Non sei contento ?
Tu n'es pas content ?
Vai finalmente a stare in città.
Tu vas finalement t'installer en ville.
Là troverai le cose che non hai avuto qui,
Là-bas tu trouveras les choses que tu n'as pas eu ici,
Potrai lavarti in casa senza andar
Tu pourras te laver chez toi sans aller
Giù nel cortile !
En bas dans la cour !
Mio caro amico, disse,
Mon cher ami, il dit,
Qui sono nato,
Ici je suis né,
In questa strada
Dans cette rue
Ora lascio il mio cuore.
Maintenant je laisse mon coeur.
Ma come fai a non capire,
Mais comment fais-tu pour ne pas comprendre,
È una fortuna, per voi che restate
C'est une chance, pour vous qui restez
A piedi nudi a giocare nei prati,
Les pieds nus à jouer dans les prés,
Mentre là in centro io respiro il cemento.
Pendant que là-bas dans le centre moi je respire le ciment.
Ma verrà un giorno che ritornerò
Mais viendra le jour où je reviendrais
Ancora qui
De nouveau ici
E sentirò l'amico treno
Et j'entendrai mon ami le train
Che fischia così,
Qui siffle ainsi,
Wa wa !
Wa wa !
Passano gli anni,
Passent les années,
Ma otto son lunghi,
Mais huit ans c'est long,
Però quel ragazzo ne ha fatta di strada,
Cependant ce gars en a fait du chemin,
Ma non si scorda la sua prima casa,
Mais il n'oublie pas sa première maison,
Ora coi soldi lui può comperarla
Maintenant avec l'argent il peut l'acheter
Torna e non trova gli amici che aveva,
Il rentre et ne trouve plus les amis qu'il avait,
Solo case su case,
Juste des maisons sur des maisons,
Catrame e cemento.
Goudron et ciment.
Là dove c'era l'erba ora c'è
Là où il y avait de l'herbe à présent il y a
Una città,
Une ville,
E quella casa
Et cette maison
In mezzo al verde ormai
Alors au milieu de la verdure
Dove sarà ?
Où sera-t'elle ?
Ehi, Ehi,
Ehi, Ehi,
La la la... la la la la la...
La la la... la la la la la...
Eh no,
Eh non,
Non so, non so perché,
Je ne sais pas, je ne sais pas pourquoi,
Perché continuano
Pourquoi ils continuent
A costruire, le case
A construire, les maisons
E non lasciano l'erba
Et ils ne laissent pas l'herbe
Non lasciano l'erba
Ils ne laissent pas l'herbe
Non lasciano l'erba
Ils ne laissent pas l'herbe
Non lasciano l'erba
Ils ne laissent pas l'herbe
Eh no,
Eh non,
Se andiamo avanti così, chissà
Si on continue comme ça, qui sait
Come si farà,
Comment on fera,
Chissà...
Qui sait...
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